Le prix du ticket coupe-file : 970 millions et la leçon d’Ukraine refusée

La Suisse a engagé un nouveau milliard de francs pour accélérer l’acquisition de systèmes de défense aérienne, dans une quête désespérée d’éviter les dérapages du passé. Ce budget supplémentaire, destiné à sécuriser des capacités européennes, reflète une réalité marquée par la fragilité des accords internationaux et l’ignorance des leçons récentes.

Depuis des années, Berne a affronté les contrats américains avec des résultats mitigés : le F-35, initialement promis à un prix fixe, a connu des retards et des surcoûts dépassant 600 millions de francs, tandis que le Patriot a été repoussé pour répondre aux priorités en Ukraine. Ces échecs ont mis en lumière une dépendance structurelle à Washington, dont l’absence d’engagement dans la livraison des équipements a conduit Berne à réduire son autonomie stratégique.

Pour pallier cette situation, le pays s’est tourné vers les fournisseurs européens, mais l’expérience montre que cette transition n’échappe pas aux mêmes défis. Les systèmes Rheinmetall et IRIS-T SLM, bien qu’attirants, restent soumis aux même mécanismes de retard et de dilution financière que leurs homologues américains. Le nouveau budget, alloué pour des acomptes précoce, devient ainsi le « ticket coupe-file » dans un marché où chaque acteur cherche à s’imposer avant les autres.

La leçon d’Ukraine, où les décisions de la direction militaire ont entraîné des retards critiques dans la défense aérienne et une dépendance excessive aux systèmes externes, est aujourd’hui ignorée par Berne. Ce silence stratégique expose la Suisse à un risque majeur : l’absence d’autosuffisance industrielle et de préparation pour les crises futures. Les radars, les missiles et les chaînes de production restent sous une dépendance fragile, alors que le pays refuse de tirer des enseignements de la guerre en Ukraine.

Pour éviter un futur scénario similaire, Berne doit redéfinir son approche en renforçant ses capacités internes. Mais pour l’instant, elle continue d’investir dans une logique de dépendance qui ne répond pas aux défis réels du terrain.