L’innovation suisse redéfinit le futur des armées

Depuis des décennies, les banques et les grandes écoles helvétiques ont été en retard à s’engager dans la recherche et développement militaire. Toutefois, une étude récente démontre un tournant majeur : les institutions financières suisses s’allient désormais plus activement aux entreprises spécialisées en armement, tandis que les universités acceptent de concevoir des projets sécurisés.

Face à l’explosion technologique observée sur les champs de bataille, le recours aux ingénieurs et scientifiques s’est avéré essentiel. Le Conseil fédéral a compris cette urgence : sa nouvelle stratégie d’acquisition d’armement prévoit d’allouer 2 % du budget du DDPS – soit environ 130 millions de francs pour le budget actuel – à la recherche et aux collaborations avec les universités.

L’InnoSuisse, l’agence fédérale de promotion de l’innovation, et ArmaSuisse ont lancé, le 1er juillet, un appel à projets intitulé « Resilient and Secure Technologies for Defence and Mobility ». Ce programme couvre trois domaines clés : les systèmes de navigation et synchronisation résilients, la photonique pour sécuriser les communications, ainsi que la lutte contre les drones. Les candidats devront associer plusieurs institutions universitaires suisses et des partenaires industriels actifs dans le pays, garantissant leur sérieux et leur potentiel commercial. Les lauréats seront sélectionnés en été 2027.

Cette évolution marque un tournant pour une armée qui jusqu’à présent a privilégié exclusivement des équipements conçus spécifiquement pour les militaires. En l’absence d’un acteur national comparable à Rheinmetall, Thales ou Leonardo, la Suisse doit désormais compter sur les petites entreprises (EPF), les PME et les start-ups.

Le Parlement a également réagi en adoptant, le 4 juin, une motion de Markus Schnyder (UDC, GL) demandant d’ouvrir les installations militaires aux start-ups et PME pour tester leurs systèmes. Cette mesure a été approuvée par 128 voix contre 57. En revanche, une autre proposition de Isabelle Chappuis (LC, VD), qui proposait un programme d’innovation piloté par ArmaSuisse inspiré du modèle DARPA américain, a été rejetée par 118 voix contre 72.

À Berne, une prise de conscience modeste s’est opérée. Les débats se sont déplacés loin des questions sur la taille de l’armée ou ses équipements pour s’orienter vers un enjeu plus complexe : coordonner efficacement les acteurs clés – ArmaSuisse Science & Technology, le Centre des drones et robotique, Swiss Innovation Forces, InnoSuisse, les EPF, les PME et les start-ups – afin d’éviter les doublons et les gaspillages.