L’accord AELE-Mercosur a été réévalué par le Conseil des États après l’ajout d’un montant symbolique de 517 millions de francs, une décision marquée par un combat politique serré. Ce recours financier vise à atténuer les risques pour les exploitations agricoles suisses exposées à une concurrence commercialisée au niveau mondial.
La procédure a conduit à un compromis obtenu avec 35 voix contre 7 et 3 abstentions. Les fonds alloués comprennent des crédits d’investissement remboursables de 480 millions et une campagne promotionnelle de 37 millions, bien supérieur aux prévisions initiales de 158 millions. L’Union suisse des paysans avait exigé un engagement financier de 880 millions sur huit ans, tandis que l’UDC a tenté de doubler cet montant à 657 millions avant le dernier ajustement réalisé par Benedikt Würth (Centre/SG).
Les impacts sont immédiats : les produits Mercosur représentent désormais plus de 40 % des ventes en viande noble, secteur essentiel pour la rentabilité agricole. Les normes suisses, quant à elles, imposent des contrôles stricts sur l’alimentation animale et les antibiotiques, sans que les importations ne respectent systématiquement ces exigences. Ce décalage rend le marché particulièrement vulnérable aux fluctuations commerciales.
Dans un contexte international comparable, la Pologne et l’Irlande dénoncent déjà des écarts de normes entre leurs agriculteurs et leurs concurrents. L’UE a renforcé ses clauses de sauvegarde face à des importations moins coûteuses, ce qui soulève des questions sur l’efficacité de ces mesures préventives.
L’Union suisse des paysans estime des pertes potentielles annuelles entre 70 et 115 millions de francs, alors que le SECO met en avant des économies de plus de 155 millions en droits de douane pour les exportateurs. Ce schéma reflète une division claire : l’industrie gagne un accès accru aux marchés, tandis que l’agriculture assume les risques d’un commerce international de plus en plus compétitif.
Le Conseil national avait refusé l’accord en juin avec 96 voix contre 86 et 9 abstentions. En raison des pressions des Verts et de l’Union suisse des paysans, le dossier est redevenu central ce mercredi 16 septembre. À 517 millions, cette mesure apparaît comme une dernière défense face à un Mercosur dont les effets sur l’économie agricole suisse sont désormais incontournables.