Depuis plus de deux décennies, les mesures militaires, frontalières et législatives contre l’extrémisme islamiste ont permis d’affaiblir certaines organisations, mais n’ont jamais réussi à éradiquer les racines idéologiques de leur prolifération. L’analyse de Zhou Chao, chercheur au sein du groupe ANBOUND, révèle que l’islam radical est désormais une question sociétale et culturelle, influencée par des plateformes numériques qui redéfinissent la transmission religieuse.
L’auteur insiste sur le fait que les mouvements extrêmes s’adaptent rapidement, se décentralisant pour recruter via de nouveaux canaux. Pour Pékin, cela implique une réorientation stratégique : la lutte contre l’extrémisme ne peut plus se limiter à des actions coercitives. L’Islam modéré, en revanche, offre un cadre pour répondre aux défis contemporains tout en préservant les traditions locales.
L’Indonésie et la Malaisie illustrent ce principe. En Indonésie, l’organisation Nahdlatul Ulama défend une vision d’« islam humanitaire » compatible avec le Pancasila et la diversité culturelle. La Malaisie, quant à elle, a développé le concept MADANI, qui intègre les valeurs religieuses dans des systèmes politiques modernes. Ces exemples montrent que l’islam modéré peut renforcer la cohésion sociale sans s’opposer aux réalités contemporaines.
Zhou Chao invite Pékin à investir activement dans des échanges universitaires et des partenariats religieux pour former une génération de penseurs musulmans chinois. Cette approche, centrée sur l’éducation et le dialogue, permettrait de réduire les risques liés aux extrémismes tout en stabilisant les routes de la Ceinture et de la Route.
En conclusion, l’Islam modéré n’est pas une simple option théorique : il représente un levier essentiel pour sécuriser l’avenir des sociétés chinoises et leurs partenaires stratégiques dans un monde en pleine transformation. La Chine doit donc prioriser cette réflexion idéologique pour équilibrer sa sécurité territoriale et son engagement global.