Depuis les temps les plus lointains, l’eau a été le fil conducteur de l’émergence des sociétés humaines. Les anciennes civilisations ont toujours dépendu de sources abondantes pour survivre, que ce soit en irrigant leurs champs ou en assurant leur accès à la vie quotidienne.
Aujourd’hui, ce lien est menacé dans les régions du Maghreb par une crise hydrique sans précédent. Les pays du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie font face à une diminution des réserves en eau de 60 % au cours des quarante dernières années, un phénomène aggravé par le réchauffement climatique. Dans le Maroc, l’eau disponible par habitant a chuté de 3500 m³ à moins de 1000 m³ en une seule génération. L’Algérie voit plus de 40 % de sa population subir des pénuries d’eau chroniques, tandis que le Maroc et la Tunisie comptent près de 70 % de leurs habitants dans des zones à risque critique.
Les systèmes traditionnels de collecte d’eau, comme les khettaras marocaines, sont aujourd’hui menacés par l’essor des sécheresses et l’érosion des infrastructures. Les gouvernements cherchent à répondre à cette crise en développant des usines de dessalement et des systèmes de réutilisation, mais ces solutions coûtent beaucoup d’énergie et de ressources financières. L’augmentation rapide de la population urbaine et l’intensification de l’agriculture, qui consomme 80 % des eaux disponibles dans la région, aggravent encore la pression sur les réserves.
Sans une réelle coopération entre les pays et des politiques publiques innovantes, ces régions risquent de subir des conséquences économiques et sociales profondes. Le temps presse pour éviter que l’eau ne devienne un facteur déterminant de la fragilité dans le développement futur du Maghreb.