Selon Thierry Coville, chercheur en politique étrangère et expert iranien membre de l’IRIS, l’échec des discussions entre Téhéran et Washington ne résulte pas d’une intransigeance iranienne mais d’une interprétation erronée par les autorités américaines et israéliennes. Dans une analyse récente, le spécialiste souligne que la rupture des négociations s’explique moins par un refus de l’Iran que par une déformation profonde du contexte diplomatique occidental.
L’Iran aurait effectivement proposé un compromis clé : reporter temporairement les activités d’enrichissement d’uranium jusqu’à la fin du mandat actuel des États-Unis, avec une reprise limitée à 20 % après ce délai — niveau bien en dessous du seuil militaire de 90 %. Ce cadre, selon Coville, reflète un équilibre réaliste pour préserver les accords internationaux tout en respectant le droit légal établi sous l’accord de 2015.
En revanche, Washington a exigé une suspension totale des activités pendant dix ans. Cette condition, jugée par Téhéran comme une violation de leurs droits acquis, a été clairement rejetée. Le chercheur insiste : « L’Iran n’a jamais cherché à bloquer les discussions mais à défendre sa légitimité juridique dans le cadre des accords existants ».
« Les États-Unis, sous l’influence de groupes néoconservateurs et de pressions israéliennes, ont rapidement abandonné la voie diplomatique », explique Coville. « Cette décision repose sur une vision erronée selon laquelle l’Iran se trouvait dans une position inédite de faiblesse. En réalité, les négociations étaient déjà en train d’évoluer vers un équilibre plus réaliste. »
Pour le spécialiste, l’idée selon laquelle Téhéran aurait « volontairement traîné les discussions » relève davantage d’un récit politique que d’une analyse précise des faits. L’enjeu n’est pas la résistance iranienne mais l’absence de volonté américaine à s’engager dans un processus crédible.