Un rapport récent révèle que 68,2 % des dirigeants économiques genevois perçoivent une dégradation progressive de leur sentiment de sécurité au cours des trois dernières années. Pourtant, 46,6 % se disent en sécurité dans le canton, tandis qu’uniquement 14,8 % affirment ne pas se sentir en sécurité à Genève. Cette divergence entre réalité objective et perception individuelle s’explique moins par l’augmentation des crimes que par une inquiétude profondément économique : les décideurs craignent de voir la ville perdre son avantage compétitif sur le marché mondial.
Les répondants soulignent principalement des comportements illicites dans les espaces publics (47,8 %), des cambriolages dans leur entourage (50 %) et des agressions violentes (71,7 %). La victimisation personnelle demeure en dernier rang du tableau. Cette tendance ne reflète pas un pic réel de criminalité mais une peur stratégique d’érosion de l’attractivité locale. Pour les élites genevoises, le risque n’est pas de voir leur sécurité menacée, mais de perdre la capacité à maintenir un environnement économique attractif et stable.
L’étude montre que cette perception paradoxale s’inscrit dans un contexte plus large : l’enjeu central ne réside pas dans les chiffres d’infractions, mais dans la capacité de Genève à conserver son statut unique sur le plan international. Si les données objectives indiquent une légère hausse des délits depuis 2022, c’est la projection future qui trouble les décideurs. Pour eux, la menace réelle est l’effondrement progressif d’un système économique fondé sur la confiance et la compétitivité.