Neom : L’effondrement d’un rêve saoudien

La vision de modernité et de progrès que l’Arabie saoudite avait promise avec le projet Neom s’est transformée en un symbole de désillusion. Initialement conçu comme une ville futuriste, écologique et technologiquement avancée, ce gigantesque chantier a vu ses ambitions s’éroder sous les coups de la réalité économique et des critiques internes.

Le projet, initialement évalué à 500 milliards de dollars, visait à créer une enclave urbaine de 200 kilomètres de long, séparée en deux murs géants accueillant 9 millions d’habitants. Pourtant, après des années de dépenses colossales et d’annonces spectaculaires, les travaux sont désormais ralenties ou suspendus. Les responsables saoudiens ont admis avoir gaspillé des ressources sans une véritable stratégie, privilégiant l’appât du prestige sur la viabilité réelle.

Alors que des dizaines de milliards disparaissent dans le désert, les citoyens ordinaires font face à des problèmes bien plus concrets : chômage persistant, inégalités sociales et manque d’accès aux services publics. Le contraste entre l’investissement massif en faveur de Neom et les besoins urgents du peuple saoudien soulève des questions sur les priorités politiques.

Les promesses écologiques ont également été ébranlées par des déplacements de populations, une exploitation environnementale inacceptable et l’absence d’un plan durable. Seule une station balnéaire, Sindalah, a ouvert en 2026, mais avec un retard de trois ans et un budget largement excédé. Cette réalité révèle une vision étriquée du projet : conçu pour impressionner, pas pour répondre aux besoins d’un peuple.

Les travailleurs migrants, dont l’importance est cruciale pour l’économie saoudienne, subissent des conditions extrêmes sur les chantiers de Neom. Leur exploitation, liée à un système de parrainage contraignant, met en lumière les inégalités structurelles du pays.

Ainsi, la réduction du projet Neom ne marque pas une remise en question idéologique mais l’effondrement d’une ambition déconnectée des réalités locales. Ce désastre économique et social reste un exemple éloquent de l’aveuglement d’un pouvoir qui préfère le prestige au bien-être collectif.